TCHAD/Cameroun: Ce que les étudiants tchadiens font au Cameroun.
08/01/2017
TCHAD/Cameroun: Ce que les étudiants tchadiens font au Cameroun.

Situé au nord du pays, cette université accueille pour l’année académique 2016 - 2017, le plus grand nombre d’étudiants tchadiens, selon le premier comptage de l’administration. Et, entre études et aventures, tous ne regardent pas mêmement leur avenir.

 

Ils sont plus de 1.000 tchadiens déjà inscrits avec des bourses privées pour l’année académique 2016-2017 à l’Université de N’Gaoundéré située au nord Cameroun. Soit plus de 90% de l’effectif total des étudiants étrangers admis dans cette université. Et les chiffres ne sont pas stables, vu que certains n’ont pas encore fait leur préinscription. Pour la direction des affaires académiques et de la Coopération de cette université, il y a une coopération très fructueuse avec l’Université de N’Djamena. C’est pourquoi les étudiants tchadiens sont les plus nombreux à Dang (Ndlr, lieu où se trouve l’Université de N’Gaoundéré –  à 25 Km de la ville).

 

En application d’une réglementation en vigueur dans la zone Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), le montant des frais d’inscription de 50.000 F CFA est le même pour tous les étudiants ressortissants de la sous-région. L’université exige, en plus de cela, la somme de 5.000 FCFA, représentant les frais médicaux. Chose que les étudiants trouvent abusif. Parce qu’ils ne recevraient, ne serait-ce qu’un comprimé analgésique de l’université.

 

Année élastique au Tchad. Beaucoup d’étudiants tchadiens partis étudier à N’Gaoundéré expliquent leur choix par l’incapacité des universités tchadiennes à les accueillir et surtout, par l’élasticité de l’année académique. En l’occurrence l’année académique 2015 – 2016, dont le deuxième semestre n’a pas encore été abordé, par exemple à l’Université de N’Djamena.

 

Mais seulement, en ce début d’année académique, au lieu de se consacrer au but du déplacement, nombre d’entre ces étudiants s’adonnent à des activités peu conciliantes avec leurs études. « La plupart des étudiants tchadiens sont des fêtards. Et très peu finissent leur cursus sans reprendre à plusieurs reprises les niveaux, même si quelques rares font des efforts », explique un enseignant de Droit public à l’Université de N’Gaoundéré. Ils ont pourtant conscience d’énormes sacrifices que consentent les parents pour les soutenir. Surtout en ces temps dits des vaches maigres où les fonctionnaires accusent deux mois d’arriérés de salaire et voient leurs indemnités diminuées de 50%.

 

Le coût de vie. En dehors des minis cités où un studio coûte entre 15.000 et 30.000 F CFA par mois, les parents déboursent à la fin du mois entre 30.000 et 50.000 FCFA pour la ration alimentaire. Pour une année scolaire, certains parents emploient entre 540.000 F CFA et 700.000 FCFA. Et pour les parents bien lotis, il faut environ 750.000 F CFA à 1.000.000 F CFA. Michaël, étudiant en Master 1 de Droit Privé à l’Université de N’Gaoundéré où il est inscrit depuis 2009, est issu d’une famille modeste. Michaël qui dit s’être lancé le défi de ne pas décevoir les siens explique recevoir de son père, un cadre diplomatique de son état, ce dont il a besoin pour étudier. « Le minimum pour une année scolaire que mon père m’envoie, pour la ration alimentaire et le loyer, est de 960.000 F CFA. Je paie le loyer à 30.000F CFA le mois et je reçois 50.000 FCFA par mois pour la ration alimentaire». Si sur le plan matériel et financier Michaël rencontre moins de difficultés, sur le plan académique, ce n’est pas facile.  Car, dit-il, le système camerounais est plus rigoureux que le système tchadien. « Au début, j’ai trouvé l’écart trop grand, maintenant, je me suis adapté ». Michaël confie avoir repris trois fois. « Il faut reconnaître qu’il y a trop de laisser-aller chez nous. J’ai commencé à l’Université de N’Djamena avant de venir à N’Gaoundéré », conclut-il.

 

Escroqueries, maladies imaginaires …Certains étudiants tchadiens expliquent pour leur part que leurs nombreux échecs sont dus aux difficultés sociales qu’ils rencontrent. Notamment, des difficultés liées à la nourriture. En cause, les nombreuses charges financières des parents. Pour faire face, plusieurs choisissent de se loger à deux dans une même chambre. Fait ainsi, ils partagent et supportent mieux les besoins. « Haroun était juste une connaissance au Tchad. Arrivé ici, nous nous sommes entendus pour partager une même chambre. Celui à qui les parents envoient de l’argent en premier fait des provisions en attendant que l’autre ne reçoive sa part », explique Moïse, qui vient de commencer la première année de Géologie. Dans ces conditions, le risque est gros de tomber sur des amis que Moïse qualifie d’escrocs. Ils usent de tous les moyens pour obtenir ce qu’ils veulent. Faux et usage de faux, escroquerie, abus de confiance, vol, etc. ces étudiants ont souvent pour cibles leurs propres compatriotes. D’autres encore, explique-t-il, inventent une maladie grave pour extorquer de l’argent à leurs parents juste dans le but de boire de l’alcool. Et ceux-là rentrent souvent bredouilles après plusieurs années passées à l’université.

 

« Concubinage ». Une autre catégorie d’étudiants tchadiens à N’Gaoundéré comme dans le reste des universités du Cameroun. Toujours pour question de se partager les charges estudiantines comme sus évoqué,  ceux-ci se mettent en semble pour vivre une sorte de « concubinage ». Et comme on peut s’y attendre, les actes voluptueux prennent le dessus sur les études. Conséquences : beaucoup rentrent sans diplômes, malades ou pères et mères d’enfant.

 

Ainsi vont les études pour certains jeunes tchadiens que les parents se sont surpassés pour envoyer de l’autre côté du Logone. Il suffit de débarquer à Dang pour un court séjour pour le voir show (comme ils aiment à le dire) auquel ils se livrent. Vous qui y avez envoyé vos enfants, ouvrez l’œil !

 

Jean Nguirmanal

 
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